La valorisation du capital naturel en Afrique : un héritage colonial réinventé
Le prix d’un bien qui n’a jamais été à vendre
La citation attribuée à Jomo Kenyatta résonne avec une actualité troublante. Aujourd’hui, ce ne sont plus les missionnaires qui prennent la terre, mais des acteurs internationaux qui s’approprient le capital naturel africain. Forêts, mangroves et terres ancestrales deviennent des actifs financiers dans un marché volontaire du carbone qui reproduit, sous de nouvelles formes, les dynamiques coloniales.
Un marché aux règles déséquilibrées
Le marché volontaire du carbone africain fonctionne selon une architecture héritée des concessions coloniales. D’un côté, des acteurs internationaux coordonnés par les règles de la COP, des méthodologies standardisées (Verra, Gold Standard) et une demande organisée. De l’autre, des communautés locales atomisées, dont les territoires sont morcelés et dont la légitimité est souvent instrumentalisée.
Cette asymétrie structurelle permet aux acteurs coordonnés de fixer les prix. Les communautés, bien que souvent signataires des accords, n’en sont pas les véritables bénéficiaires. Elles fournissent le travail de protection et la légitimité territoriale, tandis que les revenus sont captés par des intermédiaires étrangers.
Des exemples qui illustrent un système défaillant
L’histoire récente regorge d’exemples où ce modèle a échoué à profiter aux populations locales. Le projet Kariba REDD+ au Zimbabwe, terminé en 2023 après des accusations de fraude, en est un exemple frappant. Des millions de crédits carbone ont été vendus pour des projets qui n’ont jamais vu le jour, tandis que les communautés locales n’ont reçu qu’une fraction des revenus générés.
Un autre exemple est celui de la Libéria, qui a signé en 2023 un mémorandum accordant à une entité basée à Dubaï des droits sur un million d’hectares de terres. Ce type d’accord rappelle les concessions du XIXe siècle, où des traités de « friendship » se transformaient en exploitation économique à grande échelle.
Vers une réappropriation africaine des ressources naturelles
La solution ne réside pas simplement dans l’augmentation des parts de bénéfices pour les communautés locales. Cela reviendrait à améliorer les conditions de travail sans changer la propriété des ressources. Il faut repenser entièrement l’architecture du marché pour reconnaître les communautés comme propriétaires légitimes de leur capital naturel.
Des initiatives comme celles des Royal Bafokeng Holdings en Afrique du Sud montrent qu’une gestion autonome des ressources peut être bénéfique. Financés par les royalties du platine, ils représentent un modèle où les communautés contrôlent directement la valorisation de leurs terres ancestrales.
Conclusion : un enjeu de souveraineté économique
Le marché volontaire du carbone en Afrique n’est pas qu’une question de prix. C’est un enjeu de souveraineté économique et de justice historique. Pour que les ressources naturelles africaines profitent réellement aux populations locales, il faut repenser les mécanismes de valorisation et reconnaître la propriété communautaire. Sinon, l’histoire risque de se répéter, avec les mêmes acteurs internationaux captant la valeur des terres africaines.
Rédigé avec l'aide de l'IA. Relu et édité par la rédaction AfricanCEO.
Source: african.business