La révolution data et mobile money redessine le paysage des télécoms africains
Le vent tourne pour les opérateurs de téléphonie mobile en Afrique : après des décennies dominées par les minutes de voix, c’est désormais la data et les services financiers mobiles qui tirent la croissance. Les derniers résultats financiers des géants du secteur révèlent une transformation structurelle dans les habitudes de communication et de gestion d’argent des populations africaines.
Airtel Africa, présent dans 14 pays d’Afrique subsaharienne, a enregistré un chiffre d’affaires de 6,4 milliards de dollars pour l’exercice 2026. Avec une base de 183,5 millions d’abonnés, le véritable changement réside dans la répartition des revenus. La data est désormais sa première source de revenus, avec une croissance de 35,2% en monnaie constante. Cette performance s’explique par la pénétration croissante des smartphones (49,5% de ses clients) et une consommation moyenne qui atteint désormais 8,9 Go par mois contre 7 Go l’année précédente.
Le service de mobile money d’Airtel, Airtel Money, confirme cette tendance. Son nombre d’utilisateurs a bondi de 21,3% pour atteindre 54,1 millions, avec des transactions annuelles dépassant les 215 milliards de dollars au dernier trimestre.
Cette mutation n’est pas un cas isolé. Safaricom, leader kényan des télécoms, a publié ses résultats pour l’année close en mars 2026. Pour la première fois, son activité data a dépassé celle des appels vocaux, représentant 42,1% de ses revenus contre 41,3% pour la voix. La data a progressé de 14,4% à 646 millions de dollars, tandis que la voix stagnait (+1,3%). Les revenus des SMS ont chuté de près de 12%, les utilisateurs migrant vers WhatsApp et autres plateformes internet. La consommation moyenne de data par abonné a augmenté de 16,6% à 4,92 Go, avec une hausse de 22,4% des clients utilisant plus de 1 Go par mois.
Pour stimuler cette croissance, Safaricom a réduit ses tarifs data de 12,1%, une stratégie qui porte ses fruits malgré la baisse des prix. MTN Group, présent dans 16 marchés africains, suit cette trajectoire avec un retour à la profitabilité en 2025. Son chiffre d’affaires a progressé de 22,9% à 13,6 milliards de dollars. La data (+37,7%) et les services financiers (fintech, +30%) sont les principaux moteurs. MTN compte 307,2 millions d’abonnés et a enregistré 23,3 milliards de transactions mobiles.
Deux facteurs principaux expliquent cette transformation. D’abord, la pénétration des smartphones atteint près de 50% dans les zones couvertes par Airtel, permettant à des millions de personnes d’accéder à internet. Ensuite, le mobile money s’est diversifié au-delà des transferts simples pour inclure épargne, crédit, assurance et paiements marchands.
Cette évolution est cruciale pour les opérateurs. Les revenus vocaux, autrefois stables, stagnent face à la concurrence et à la saturation du marché. Les plateformes OTT comme WhatsApp ont réduit les revenus traditionnels, obligeant les telcos à innover. La data et la fintech offrent désormais des relais de croissance essentiels.
Cette révolution numérique africaine, portée par la data et le mobile money, redéfinit non seulement les modèles économiques des télécoms mais aussi la manière dont les populations accèdent aux services financiers et à l’information.
Source: weetracker.com