Chimoney : un échec qui interroge sur la fintech africaine
Chimoney ferme ses portes, laissant derrière lui des utilisateurs mécontents et des questions sur la viabilité des startups de paiement transfrontalier en Afrique.
Le 12 mai, Uchi Uchibeke a annoncé la fermeture de Chimoney, sa startup spécialisée dans les paiements transfrontaliers. Dans un message maîtrisé, il affirmait que le produit fonctionnait, mais que les problèmes de distribution avaient eu raison de l’entreprise. Pourtant, derrière cette narration soignée se cachent des réalités bien plus complexes.
Un produit contesté par les utilisateurs
Contrairement à ce que prétend son fondateur, Chimoney a laissé une trace mitigée chez ses utilisateurs. Sur le Google Play Store, l’application affichait une note de 2,1 sur 5, basée sur 49 avis. La majorité des critiques étaient négatives, avec des plaintes récurrentes concernant les vérifications KYC non traitées, les fonds bloqués et un service client inexistant. Sur l’App Store d’Apple, la note était légèrement meilleure (3,4 sur 5), mais avec seulement cinq avis, ces données restent peu significatives.
Les témoignages des utilisateurs africains sont particulièrement révélateurs. Plusieurs ont rapporté avoir attendu des mois sans réponse pour leurs demandes de vérification KYC ou pour le déblocage de fonds. Certains, comme Galadima Faruk Abdullahi, un partenaire de paiement, n’ont jamais pu récupérer des fonds après cinq jours de tentatives infructueuses. D’autres, comme Vanessa Sampeters, ont même mis en garde des entreprises comme GOODWALL contre l’utilisation de Chimoney comme canal de paiement.
Un pivot stratégique mal maîtrisé
En 2025, alors que Chimoney traversait des difficultés opérationnelles, Uchibeke a tenté de repositionner l’entreprise autour des portefeuilles d’agents IA. Pourtant, les problèmes signalés par les utilisateurs persistaient pendant cette période de transition. Uchibeke maintient que le produit fonctionnait, mais admet que la distribution et l’acquisition de clients n’ont pas suivi le rythme nécessaire.
L’un des points les plus préoccupants concerne les utilisateurs africains qui n’ont jamais pu compléter leur vérification KYC. Ces derniers pourraient se retrouver dans une situation délicate pour récupérer leurs fonds, car le processus de remboursement nécessite justement cette vérification d’identité. Le délai pour les remboursements court jusqu’au 31 août 2026, mais pour ceux dont les demandes KYC traînent depuis des mois, cette fenêtre pourrait bien être une illusion.
Des finances fragiles et un échec stratégique
Chimoney n’a jamais divulgué de détails financiers précis. Uchibeke a simplement indiqué que les revenus n’avaient pas augmenté assez rapidement. Selon Crunchbase, la startup a levé environ 280 000 dollars, un montant bien en deçà des besoins pour une fintech opérant dans plusieurs juridictions. Uchibeke reconnaît lui-même que moins d’un million de dollars sur quatre ans est insuffisant pour une entreprise de cette envergure.
Il admet avoir fait un mauvais choix stratégique en tentant d’opérer à l’échelle venture avec des fonds de démarrage. Des discussions d’acquisition ont eu lieu, mais aucune n’a abouti à des termes acceptables. Une question demeure : pourquoi une entreprise avec autant de potentiel n’a-t-elle pas pu attirer des investisseurs plus substantiels ?
Et après Chimoney ?
Un détail souvent passé sous silence dans l’annonce de fermeture est que Chi Technologies Inc., l’entité juridique derrière Chimoney, ne sera pas dissoute. Cette décision pourrait laisser présager un éventuel rebond ou une reconversion sous une autre forme. Reste à voir si Uchibeke saura tirer les leçons de cet échec pour rebondir dans l’écosystème fintech africain.
En conclusion, la fermeture de Chimoney soulève des questions cruciales sur la viabilité des startups de paiement transfrontalier en Afrique. Entre les défis opérationnels, les problèmes de financement et la gestion des attentes des utilisateurs, le chemin vers le succès reste semé d’embûches.
Source: technext24.com