L'inclusion financière en Afrique : pourquoi les femmes restent à la traîne
L’Afrique a fait des progrès spectaculaires en matière d’inclusion financière, mais les femmes restent largement exclues du système bancaire.
Depuis l’émergence des services de mobile money en Afrique de l’Est jusqu’à la généralisation des plateformes digitales par les banques traditionnelles et néobanques, l’accès aux services financiers a été révolutionné. Pourtant, malgré ces avancées, les femmes africaines sont encore bien moins susceptibles que les hommes de posséder un compte bancaire ou d’avoir accès au crédit et à l’épargne formels.
Un écart persistant
Selon les données de la Banque mondiale, en 2025, 61 % des hommes en Afrique subsaharienne possédaient un compte bancaire, contre seulement 49 % des femmes. Cet écart de 12 points s’est même creusé depuis 2011, où il n’était que de 7 points. Les régions les plus touchées par ce phénomène sont l’Afrique du Nord et l’Ouest, tandis que l’Afrique de l’Est et Australe affichent des disparités moindres. Au Nigeria et au Togo, par exemple, l’écart d’accès aux services financiers entre hommes et femmes atteignait respectivement 22 % et 25 % l’année dernière.
Des obstacles culturels et légaux
Dans plusieurs pays africains, les femmes doivent encore obtenir l’autorisation de leur mari pour ouvrir un compte bancaire. C’est le cas au Cameroun, au Tchad, en Guinée équatoriale, au Swaziland, en Guinée-Bissau et au Niger. Certaines législations exigent également l’approbation du conjoint ou du père pour les prêts ou même les documents d’identité.
Les défis structurels des femmes africaines
Les banques traditionnelles privilégient les clients salariés disposant de revenus réguliers, d’historique de crédit et de garanties. Or, ces critères excluent une grande partie des femmes africaines. Sans compte bancaire, il est difficile de constituer un historique de crédit, et sans historique de crédit, l’accès aux prêts devient quasi impossible. Ce cercle vicieux entrave le développement des entreprises féminines.
De plus, malgré les législations garantissant l’égalité des droits fonciers, les femmes possèdent bien moins d’actifs titrés que les hommes. La terre restant la principale forme de garantie en Afrique, cette inégalité limite leur capacité à obtenir des prêts bancaires. Les pratiques successorales et les arrangements coutumiers d’accès à la terre aggravent encore cette situation.
Repenser les services bancaires pour les femmes
Les produits financiers, modèles de prêt et stratégies d’engagement client sont souvent conçus pour les travailleurs salariés, majoritairement des hommes. Les horaires d’ouverture des agences, les exigences de documentation, les soldes minimums et les processus d’approbation de prêt reflètent cette orientation.
Les réglementations d’identité posent également problème. Au Nigeria, par exemple, l’ouverture d’un compte nécessite généralement un numéro de vérification bancaire ou une pièce d’identité nationale. Or, les femmes des zones rurales du nord du pays, confrontées à des restrictions de mobilité et à un faible taux d’alphabétisation, sont bien moins susceptibles de se rendre dans les centres d’enregistrement.
Biais systémiques et réalités économiques
Les femmes subissent souvent des taux de rejet plus élevés pour les demandes de crédit ou se voient proposer des conditions moins favorables. Les méthodologies traditionnelles d’évaluation du crédit ne reconnaissent pas suffisamment les flux de trésorerie des commerçantes informelles.
Par ailleurs, avec des revenus moyens inférieurs et moins d’actifs, les femmes sont plus susceptibles d’exercer des activités informelles. Ces facteurs réduisent la probabilité qu’elles possèdent un compte bancaire, les banques ciblant généralement celles disposant de revenus formels supérieurs à un certain seuil.
Vers une véritable inclusion financière
Si les normes culturelles peuvent évoluer, les problèmes structurels économiques restent plus difficiles à résoudre. Pourtant, l’enjeu est de taille : permettre aux femmes africaines d’accéder pleinement au système financier est un levier essentiel pour le développement économique du continent.
Les banques doivent repenser leurs produits et services pour s’adapter aux réalités du quotidien des femmes. Cela passe par une meilleure prise en compte de leurs spécificités dans les modèles d’évaluation du crédit et l’assouplissement des exigences de documentation. Seule une approche inclusive permettra de combler cet écart persistant et d’assurer une croissance économique équitable pour tous.
Rédigé avec l'aide de l'IA. Relu et édité par la rédaction AfricanCEO.
Source: african.business