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L'Éthiopie, le prochain géant technologique africain ?

L’Éthiopie, pays de plus de 120 millions d’habitants et septième économie du continent avec un PIB nominal de 126 milliards de dollars, est en train de vivre une révolution technologique discrète mais puissante. Alors que le pays était jusqu’à récemment un marché peu exploré, des réformes structurelles majeures sont en train de transformer son écosystème tech.

Un potentiel sous-exploité

Pendant plus de vingt ans, l’État éthiopien a contrôlé tous les leviers clés : unique opérateur télécoms, infrastructure de mobile money exclusive, régime de change restrictif et absence de bourse des valeurs. Entre 2024 et 2025, ce paysage a radicalement changé avec l’arrivée de Safaricom Ethiopia comme deuxième opérateur télécoms, la création de la Bourse éthiopienne des valeurs mobilières au début 2025, l’assouplissement du régime de change et l’émergence d’une couche bancaire privée compétitive. Ces changements font de l’Éthiopie l’un des récits tech africains les plus sous-estimés.

Les défis persistants

Malgré ces avancées, plusieurs obstacles subsistent. La pénétration des smartphones reste inférieure à 25%, et les startups locales n’ont levé que 80 millions de dollars en capital étranger sur 2024-2025, un montant dérisoire comparé à d’autres hubs africains. Le manque de capital-risque local constitue le principal frein à la croissance des startups, bien que des initiatives comme Gebeya commencent à exporter les compétences techniques éthiopiennes sur la scène internationale.

Les secteurs porteurs

La couche des paiements devient enfin compétitive avec l’émergence de plateformes comme Chapa et Kacha, tandis que Telebirr conserve une position dominante. Des entreprises comme Kifiya se distinguent dans le crédit digital et la finance agricole. Les plateformes de talents et les services d’IA apparaissent également comme des secteurs prometteurs, tirés par la demande croissante de compétences techniques éthiopiennes à l’étranger.

Les réformes en cours

Si les réformes avancent, leur rythme reste inégal. La Bourse des valeurs mobilières a ouvert ses portes en janvier 2025, la Banque nationale d’Éthiopie a révisé deux fois sa directive sur les paiements en 2024, et une proclamation sur les startups est en consultation depuis mi-2025. Ces changements, bien que partiels, sont en train de redéfinir les règles du jeu pour les entreprises technologiques.

Conclusion

L’Éthiopie se trouve à un tournant de son histoire technologique. Les réformes en cours créent les conditions pour une croissance exponentielle des startups, mais le manque de capital local et les défis sectoriels spécifiques nécessitent une approche nuancée. Pour les investisseurs, le moment est venu d’examiner de près ce marché en pleine mutation, où les opportunités sont aussi nombreuses que les défis à relever.

Source: african.business