L'eNaira, le CBDC nigérian, se réinvente après un lancement en demi-teinte
Lancé en grande pompe il y a près de cinq ans comme première monnaie numérique de banque centrale (CBDC) du continent africain, l’eNaira nigérian subit une profonde mutation stratégique. La Banque Centrale du Nigeria (CBN) reconnaît désormais, dans un document de stratégie récemment publié, que l’adoption de cette CBDC a été bien en dessous des attentes. L’institution financière réoriente ainsi son projet initial, passant d’un outil de paiement grand public à une infrastructure dédiée aux versements gouvernementaux et aux règlements transfrontaliers.
Depuis son lancement en octobre 2021, l’eNaira peine à s’imposer. Selon la Vision du Système de Paiements 2028 (PSV 2028) dévoilée le 1er juin, la CBDC nigériane compte bien des millions de portefeuilles électroniques ouverts, mais n’a traité que 22 milliards de nairas (environ 16 millions de dollars) en transactions. Ce chiffre est dérisoire comparé au quasi quadrillion de nairas échangés électroniquement en 2024, et bien loin des 300 millions de transactions prévues initialement d’ici 2026.
La CBN identifie plusieurs obstacles à l’adoption de l’eNaira, notamment un manque d’engagement des parties prenantes lors de sa conception et une offre peu différenciée par rapport aux applications bancaires existantes, aux portefeuilles fintech et aux solutions de mobile money. Plutôt que de concurrencer directement ces acteurs établis, la banque centrale envisage désormais d’intégrer l’eNaira comme infrastructure fondamentale du système de paiements numériques nigérian.
Cette réorientation stratégique s’inscrit dans un cadre plus large sous la gouvernance du gouverneur Olayemi Cardoso, qui met l’accent sur la stabilisation économique, la facilitation des échanges commerciaux et le renforcement de la confiance des investisseurs. Le cadre PSV 2028, présenté lors d’un événement réunissant des dirigeants bancaires et des opérateurs fintech à Abuja, vise à positionner le Nigeria parmi les écosystèmes de paiement les plus avancés d’Afrique. L’objectif est de promouvoir des transactions numériques plus rapides et sécurisées, tout en renforçant les systèmes de paiements transfrontaliers dans le cadre de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf).
L’avenir de l’eNaira passera désormais par des applications concrètes comme les paiements gouvernementaux aux personnes (G2P), incluant les aides sociales et les subventions, ainsi que par les règlements transfrontaliers. Comme le souligne une analyse de cette stratégie, ‘l’idée de faire transiter tous les paiements gouvernementaux par l’eNaira soulève des questions’, révélant une tension entre les échecs passés et les ambitions futures du projet.
Cette repositionnement stratégique constitue un aveu discret que l’expérience pionnière de l’Afrique en matière de CBDC n’a pas tenu ses promesses initiales. La CBN mise désormais sur un rôle plus utilitaire pour sauver ce projet ambitieux, bien loin de l’image d’une monnaie numérique révolutionnaire qui avait été initialement présentée.
Rédigé avec l'aide de l'IA. Relu et édité par la rédaction AfricanCEO.
Source: weetracker.com