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Trazo : La Startup Nigériane Qui Veut Réinventer la Livraison de Repas à Lagos

Une aventure entrepreneuriale née dans l’ombre des grandes villes

En 2019, Ikechukwu Nweze identifiait un problème criant à Asaba, dans le sud du Nigeria : commander des repas en ligne relevait de la mission impossible. À l’époque, les startups de livraison de nourriture soutenues par des investisseurs se concentraient exclusivement sur Lagos et Abuja, laissant les villes moyennes comme Asaba et Warri dans l’oubli. Avec ses cofondateurs, tous développeurs informatiques, Nweze lançait OliliFood en février 2020, avec seulement deux restaurants partenaires et deux livreurs. Leur pari ? Construire un modèle hyperlocal dans des villes où l’infrastructure du commerce numérique était quasi inexistante.

Un lancement en pleine tempête économique

Le timing était pour le moins délicat. Quelques semaines après son lancement, la pandémie de COVID-19 plongeait le monde dans un confinement strict. Pourtant, pour OliliFood, classé comme service essentiel, cette crise devint une opportunité inattendue. Les restaurants, privés de leur clientèle habituelle, se tournèrent massivement vers la livraison à domicile. « Le confinement nous a prouvé que ce modèle pouvait fonctionner », confie Nweze. En 2020, l’application mobile voyait le jour, et l’expansion vers Warri était lancée.

Les défis des villes secondaires

Opérer en dehors de Lagos présentait cependant des défis structurels majeurs. La livraison de nourriture y est extrêmement concentrée dans les grands centres commerciaux, où les habitudes de consommation et la densité démographique favorisent ce type de service. À Asaba, où les trajets domicile-travail sont moins fréquents, la demande reste bien plus faible. « Atteindre le seuil de rentabilité dans une petite ville est un véritable défi », reconnaît Nweze. Sans les revenus générés par d’autres projets parallèles - notamment Vent Africa, une plateforme crypto et fintech, et Hizo, un service de change transfrontalier - OliliFood n’aurait probablement pas survécu.

L’adaptation face à l’inflation galopante

Ces dernières années, l’inflation a fortement grevé les coûts opérationnels. Le prix des motos est passé de 300 000 nairas à 1,8 million, et la suppression des subventions sur l’essence en 2023 a fait flamber les coûts de carburant. Pour faire face, Trazo (anciennement OliliFood) a développé un modèle hybride combinant une flotte interne et des partenaires logistiques externes. Le système de rémunération des livreurs a également été revu : salaire de base plus commissions par livraison, avec prise en charge personnelle des frais d’essence. « Ce modèle nous permet un meilleur contrôle que lorsque nous payions l’essence à leur place », explique Nweze.

Six ans plus tard : une expansion stratégique vers les grandes villes

Après six années d’existence, Trazo a traité plus de 120 000 commandes pour un chiffre d’affaires brut de 2 milliards de nairas. Avec environ 25 000 utilisateurs et un réseau de 20 livreurs, la startup vise désormais les géants du secteur. D’ici le premier trimestre 2027, elle compte s’implanter à Lagos et Abuja, où elle affrontera des acteurs bien établis comme Glovo (38 millions de livraisons en 2025), Chowdeck (20 000 livreurs) et Heyfood. Le marché nigérian de la livraison de nourriture, évalué à 1,14 milliard de dollars en 2025, représente un enjeu colossal.

Un défi de taille mais des atouts uniques

Trazo devra combler un écart de taille face à ces géants. Pourtant, son expérience dans les villes secondaires pourrait constituer un avantage stratégique. En comprenant les spécificités des marchés locaux, la startup pourrait bien redéfinir les règles du jeu dans un secteur en pleine expansion.

Source: techcabal.com