Le marché kenyan du mobile money atteint un plafond : la guerre des usages commence
Avec 51,36 millions d’abonnés fin 2025, le Kenya confirme son statut de leader africain du mobile money. Pourtant, cette croissance spectaculaire (+9 millions d’utilisateurs en un an) cache une réalité plus complexe : le marché a atteint un point de saturation.
La pénétration du mobile money dépasse désormais 98%, laissant peu de place pour de nouvelles acquisitions massives. Les opérateurs doivent désormais se battre sur un nouveau terrain : la fréquence des transactions, les soldes moyens et les services intégrés. Cette évolution stratégique s’observe dans les récentes initiatives des acteurs majeurs.
Safaricom, dont M-PESA domine encore le marché (malgré une baisse de part de marché à moins de 90%), mise sur l’écosystème pour fidéliser ses utilisateurs. Depuis novembre 2024, le groupe a lancé Ziidi, un fonds monétaire intégré permettant des placements sans frais ni minimum élevé. En février 2026, cette offre s’est enrichie de Ziidi Trader, permettant d’acheter des actions sur la Bourse de Nairobi directement depuis l’application M-PESA. Cette stratégie de profondeur contraste avec celle d’Airtel Money, qui a gagné des parts de marché (dépassant désormais les 10%) grâce à une politique tarifaire agressive : transferts gratuits en interne et frais réduits.
Cependant, cette guerre des prix pourrait bientôt toucher à sa fin. La Banque centrale kenyanne envisage de réduire les frais moyens de transaction de 23 KES à seulement 10 KES d’ici quelques années. Cette régulation limiterait la marge de manœuvre des opérateurs, tout en réduisant leurs marges bénéficiaires. Par ailleurs, l’interopérabilité croissante entre réseaux affaiblit un avantage historique de M-PESA : la rétention des utilisateurs par effet réseau.
Dans ce contexte, les indicateurs traditionnels comme le nombre d’abonnés perdent de leur pertinence. Les métriques clés deviennent désormais l’intensité transactionnelle et le nombre d’utilisateurs actifs. Le Kenya entre dans une nouvelle ère du mobile money, où l’innovation produit et l’expérience utilisateur détermineront les gagnants de demain.
Cette maturation du marché offre des opportunités pour les fintechs locales, qui pourraient capitaliser sur cette intensification de la concurrence pour proposer des solutions complémentaires. Les régulateurs, quant à eux, devront veiller à ce que cette transformation profite bien aux utilisateurs finaux, notamment les populations moins bancarisées.
Source: techcabal.com