La France renforce ses investissements en Afrique dans un contexte de diplomatie économique repensée
La France réoriente sa stratégie économique en Afrique, passant du discours de l’aide à celui des partenariats équilibrés.
Depuis quelques années, la France a abandonné le vocabulaire paternaliste de l’aide au développement pour adopter une approche axée sur les investissements et les partenariats équilibrés. Cette pivot stratégique s’inscrit dans une volonté de renforcer sa présence économique sur le continent, face à la concurrence accrue de rivaux géopolitiques comme la Russie.
Des investissements massifs pour soutenir les champions africains
Sous la présidence d’Emmanuel Macron, plusieurs institutions françaises ont mobilisé des financements importants pour les entreprises africaines et les filiales locales des groupes français. Proparco, le bras privé de l’Agence Française de Développement (AFD), a ainsi signé en 2025 des projets d’une valeur de 2,5 milliards d’euros, dont 37 % (924 millions d’euros) étaient destinés à l’Afrique. Entre 2022 et 2025, Proparco a engagé plus de 4,6 milliards d’euros en faveur du continent, soulignant son engagement durable.
Les secteurs prioritaires incluent la transition énergétique, les infrastructures durables, la santé, l’industrie et l’agroalimentaire. Proparco soutient également activement les entrepreneurs, les start-ups et les industries culturelles. En 2025, 450 millions d’euros ont été mobilisés pour les PME et start-ups africaines via l’initiative “Choose Africa”.
Les géants français investissent massivement en Afrique
Plusieurs multinationales françaises ont répondu à l’appel de Macron pour une diplomatie économique plus commerciale. TotalEnergies, Orange, Bolloré Logistics et CMA CGM ont annoncé des investissements majeurs dans divers secteurs. TotalEnergies, en particulier, finance des méga-projets comme l’oléoduc d’Afrique de l’Est, reliant les champs pétrolifères de l’Ouganda à l’océan Indien via la Tanzanie. La mise en service du premier navire pétrolier est prévue pour cette année.
TotalEnergies développe également des projets gaziers en Mozambique, étend ses opérations offshore au Nigeria, explore le bassin d’Orange en Afrique du Sud et avance dans les projets d’hydrogène vert en Mauritanie. Au total, le stock d’investissements directs étrangers (IDE) de la France en Afrique s’élevait entre 60 et 68 milliards d’euros en 2024/25, soit une hausse de 25 % par rapport à 2018/19.
Un changement stratégique : l’Afrique anglophone prend de l’importance
La France commerce désormais davantage avec les économies anglophones qu’avec ses anciennes colonies francophones. Cette évolution est motivée par des opportunités économiques et une montée des sentiments anti-français dans certaines régions d’Afrique de l’Ouest et centrale. En 2024, le Nigeria était le premier partenaire commercial de la France en Afrique subsaharienne, avec 4,9 milliards d’euros d’échanges, devant l’Afrique du Sud (3,1 milliards) et la Côte d’Ivoire (2,6 milliards).
Le commerce total entre la France et l’Afrique subsaharienne a atteint 24,1 milliards d’euros en 2024. En Afrique du Nord, la France a échangé pour 14,8 milliards d’euros avec le Maroc et 11,1 milliards avec l’Algérie. Symbole de ce rapprochement avec les pays anglophones, la France et le Kenya co-organiseront en mai prochain le sommet “Africa Forward” à Nairobi, une première pour un pays anglophone.
Conclusion : Une stratégie gagnante pour l’Afrique et la France
Cette réorientation stratégique de la France en Afrique, fondée sur des partenariats équilibrés et des investissements ciblés, semble porter ses fruits. Elle permet non seulement de contrer l’influence croissante des rivaux géopolitiques, mais aussi de soutenir le développement économique du continent. Les entreprises françaises bénéficient de nouvelles opportunités, tandis que les pays africains voient émerger des champions locaux dans des secteurs clés.
Source: african.business