L'or blanc de l'Afrique de l'Ouest : un enjeu économique et alimentaire
En Afrique de l’Ouest, le riz est bien plus qu’un aliment : c’est un pilier culturel et économique. En Sierra Leone, il accompagne chaque repas lorsque les moyens le permettent. Une fête sans riz ? Impensable. Un pot vide ? Source d’angoisse immédiate. Pourtant, cette dépendance a un coût exorbitant : la région importe pour plus de 3,5 milliards de dollars de riz chaque année, un chiffre qui a frôlé les 5 milliards selon la Banque mondiale. Une somme colossale qui quitte le continent pour acheter une denrée que l’Afrique de l’Ouest pourrait produire elle-même.
La vulnérabilité de cette dépendance s’est révélée cruellement en 2023 lorsque l’Inde a restreint ses exportations, faisant flamber les prix dans toute la sous-région. La demande croît de 3 à 4% annuellement, tandis que la production peine à suivre. Aujourd’hui, l’Afrique de l’Ouest consomme 22 à 24 millions de tonnes de riz par an, mais n’en produit que 60%. Un potentiel énorme reste donc inexploité.
Les atouts naturels sont pourtant considérables : bassins fluviaux irrigables, marchés consommateurs en expansion et une volonté politique croissante pour la souveraineté alimentaire. La vallée du fleuve Sénégal dispose à elle seule de plus de 100 000 hectares irrigables au Sénégal, avec des rendements pouvant atteindre 5 à 7 tonnes par hectare contre seulement 2 sous culture pluviale. Le Mali et le Nigeria, où seulement 17% des terres cultivables sont irriguées, offrent des perspectives similaires.
Pour transformer ce potentiel en réalité économique, un pacte multilatéral sur les bassins fluviaux s’impose. Ce cadre contraignant permettrait de coordonner la gouvernance, le financement de l’entretien et les protocoles d’échange des surplus. L’enjeu est double : sécuriser l’approvisionnement alimentaire régional et stimuler la croissance économique.
Les stratégies nationales restent essentielles, mais l’opportunité régionale consiste à les connecter. Il faut investir dans les bassins les plus productifs, les infrastructures de transformation et logistiques, ainsi que les corridors d’acheminement des surplus vers les zones déficitaires. Cette approche intégrée renforcerait chaque programme national.
Cependant, malgré l’appétit des investisseurs, des lacunes persistent dans la coordination. Les capitaux se concentrent sur certaines parties de la chaîne de valeur, laissant en déshérence les systèmes semenciers, l’agrégation, le capital de travail et la transformation rurale. La prochaine étape exige des investissements à grande échelle couvrant toute la chaîne de valeur, et non des projets fragmentés.
Pour attirer les investisseurs privés, il faut créer un pipeline d’opportunités dérisquées et prêtes à l’emploi. Une plateforme régionale de financement, développée avec les institutions financières régionales et multilatérales, pourrait fournir aux transformateurs et agrégateurs le capital de travail, les financements et infrastructures nécessaires à leur expansion.
Le récent sommet sur l’investissement dans le riz en Afrique de l’Ouest, organisé à Accra en juin par la Commission de la CEDEAO, le gouvernement du Ghana et la Banque mondiale, a démontré l’engagement politique : 14 pays ont endossé la Déclaration d’Accra, et environ 1,5 milliard de dollars ont été promis. Le plan décennal de la CEDEAO pour le riz, visant 2035 et nécessitant 15 à 19 milliards de dollars d’investissements, a besoin de ces engagements pour devenir réalité.
La prochaine étape aura lieu lors du Sommet sur l’intégration et l’investissement en Afrique de l’Ouest à Freetown en novembre. Cet événement pourrait permettre d’aligner les partenaires autour du pipeline d’investissements prioritaires et de convenir des actions concrètes pour transformer l’ambition régionale en investissements tangibles.
L’expérience du Sierra Leone montre ce qui est possible. Le programme Feed Salone, initiative phare de transformation des systèmes alimentaires, porte la pleine poids politique du président. Grâce à lui, l’autosuffisance en riz a bondi à 73% en 2025, contre 56% précédemment. Preuve que lorsque la volonté politique rencontre des stratégies claires, les résultats suivent.
Rédigé avec l'aide de l'IA. Relu et édité par la rédaction AfricanCEO.
Source: african.business