L'Afrique lance une initiative pour financer durablement ses systèmes de santé
Les modèles actuels de financement des soins de santé en Afrique sont non seulement insoutenables, mais aussi économiquement dévastateurs pour les citoyens et les États. C’est le constat alarmant dressé par Aboubakri Diaw, Chef de cabinet du Bureau du Secrétaire exécutif de la Commission économique pour l’Afrique (CEA). Lors du lancement de l’Initiative pour un financement durable des systèmes de santé, en marge de la Conférence des ministres des Finances et de la Planification économique de la CEA au Maroc, Diaw a plaidé pour une adoption urgente de ce programme par les pays africains.
Un défi financier persistant Les gouvernements africains ne financent actuellement que moins de 41 % des dépenses de santé, le reste étant supporté par les particuliers et les donateurs. « Les paiements directs ne sont pas seulement une statistique sanitaire ; ils sont l’un des plus grands multiplicateurs de pauvreté du continent », a-t-il souligné. Plus de 40 millions de personnes déplacées restent exclues des systèmes de santé, et seulement quelques pays sont en passe d’atteindre l’objectif d’Abuja, qui consiste à allouer 15 % des budgets nationaux à la santé. Pourtant, les investissements dans ce secteur génèrent des bénéfices économiques considérables.
Une initiative structurante L’Initiative pour un financement durable des systèmes de santé repose sur huit engagements clés. Elle vise à coordonner les efforts de financement, à renforcer la mobilisation des ressources nationales et à améliorer la coordination entre les ministères de la Santé, des Finances et de la Planification. Un autre objectif est de soutenir la fabrication pharmaceutique locale à grande échelle, en s’appuyant sur la Zone de libre-échange continentale africaine.
Diaw a insisté sur le potentiel énorme des fonds institutionnels mondiaux, estimés entre 150 et 200 billions de dollars, mais a souligné que le véritable défi réside dans la gouvernance nécessaire pour rendre la santé « bancable ». Il a encouragé les pays à s’engager dans un plan d’action de 90 jours pour institutionnaliser cette initiative, rappelant que « l’architecture est en place, les partenaires sont présents et la déclaration a été adoptée. Il ne manque que la volonté politique ».
Santé et légitimité politique Lors des discussions parallèles, les intervenants ont souligné que l’investissement dans la santé renforce la confiance des citoyens et peut être un atout politique majeur. L’ancien Vice-président nigérian Yemi Osinbajo a cité une enquête de l’Afrobarometer selon laquelle la santé est la deuxième priorité des électeurs en Afrique. Il a rappelé que les systèmes de santé fonctionnels renforcent la légitimité des gouvernements, tandis qu’un échec dans ce domaine peut contribuer à des changements de régime inconstitutionnels.
Données et efficacité Le Professeur Samuel Kobina Anim, directeur du Centre africain de statistique de la CEA, a mis en avant l’importance des systèmes de données solides pour améliorer le financement et l’efficacité des politiques. Il a annoncé le développement d’une plateforme de données intégrée, qui servira d’outil de gouvernance pour évaluer les retours sur investissement et encourager l’investissement privé.
Un engagement régional Ngone Diop, directrice du Bureau sous-régional de la CEA pour l’Afrique de l’Ouest, a expliqué que la commission passe désormais à l’action concrète, notamment en impliquant les ministres des Finances pour prioriser le financement de la santé dans les stratégies fiscales et de développement. Des plateformes nationales sont déjà opérationnelles en Gambie, au Sénégal et au Ghana.
Conclusion L’Initiative pour un financement durable des systèmes de santé marque une étape cruciale dans la transformation des soins de santé en Afrique. En combinant mobilisation des ressources nationales, coordination interministérielle et innovation régionale, elle offre une feuille de route claire pour surmonter les défis financiers persistants. La réussite dépendra cependant de la volonté politique des États africains à s’engager pleinement dans cette démarche.
Source: african.business