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L'Afrique face aux répercussions économiques de la guerre en Iran

L’Afrique, continent le plus vulnérable aux chocs externes, voit ses progrès économiques menacés par la guerre en Iran. Selon le dernier Rapport sur les perspectives économiques régionales de l’Afrique subsaharienne du Fonds monétaire international (FMI), les avancées réalisées ces dernières années pourraient être sérieusement compromises.

En 2025, l’Afrique subsaharienne avait connu une croissance économique robuste de 4,5 %, la plus élevée en une décennie. Cependant, le conflit au Moyen-Orient a assombri ces perspectives. Le FMI prévoit désormais une croissance de 4,3 % pour 2026, soit une baisse de 0,3 point par rapport aux estimations pré-guerre. L’inflation médiane devrait atteindre 5 % d’ici la fin de l’année, contre 3,4 % en 2025.

Les pays non exportateurs de matières premières pourraient voir leur déficit du compte courant s’élargir de 1,4 % du PIB. Les déficits budgétaires médians sont prévus à 3,2 % du PIB, soit une augmentation de 0,2 point par rapport à l’année précédente.

Des défis multiples et interconnectés

Le FMI identifie trois principaux canaux de transmission des chocs économiques : un choc d’offre négatif, une inflation amplifiée et des conditions financières plus strictes. Les prix élevés des matières premières augmentent les coûts de production, perturbent les chaînes d’approvisionnement et réduisent le pouvoir d’achat des ménages. Les pressions inflationnistes s’intensifient, augmentant le risque de spirales prix-salaires. Par ailleurs, les conditions financières se resserrent en raison de la baisse des valorisations d’actifs, de l’augmentation des primes de risque et de la fuite des capitaux.

Des devises en difficulté

Début avril, 29 monnaies africaines s’étaient dépréciées face au dollar américain. Le rand sud-africain, la devise la plus négociée du continent, a chuté de 5 %. La dépréciation de l’euro, l’une des devises majeures les plus touchées, a également affecté le franc CFA, utilisé par 14 pays d’Afrique de l’Ouest et centrale. Cette dépréciation rend plus coûteuses les importations de pétrole et d’autres commodités, dont les prix sont libellés en dollars, contribuant ainsi à l’inflation.

Le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) prévoit une inflation à deux chiffres cette année en Éthiopie, en Égypte, au Nigeria, en Angola, au Soudan du Sud, au Malawi, au Burundi et au Soudan. Une inflation plus élevée pourrait inciter les banques centrales à augmenter les taux d’intérêt.

Des dettes difficiles à refinancer

Jamie Dimon, PDG de JPMorgan Chase, a averti que les chocs persistants des prix du pétrole et des matières premières pourraient entraîner une inflation plus tenace et des taux d’intérêt plus élevés que prévu. Cette situation pose un problème particulier pour les pays africains dont les obligations internationales arrivent à échéance cette année. Le Bénin, l’Égypte, le Ghana, le Maroc, l’Afrique du Sud et la Tunisie doivent refinancer 11 milliards de dollars de dettes au cours des douze prochains mois, probablement à des taux plus élevés.

Une dette publique alarmante

Les coûts de service de la dette en Afrique subsaharienne sont passés de 9 % des recettes gouvernementales en 2017 à 18 % en 2025. Début cette année, 22 pays africains étaient en situation de détresse de dette ou à haut risque, soit près de la moitié du continent. Yemi Osinbajo, ancien vice-président du Nigeria, a souligné que les pays les plus endettés ont besoin d’un réaménagement complet de leur dette. Il a appelé les institutions multilatérales à fournir des mécanismes de garantie et de suspension de dette pour aider le continent à naviguer dans ces eaux troubles.

Conclusion

La guerre en Iran ajoute une couche de complexité aux défis économiques déjà présents en Afrique. Les décideurs doivent agir rapidement pour atténuer ces impacts et assurer une stabilité économique à long terme.

Source: african.business