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L'Afrique face à son défi des sorties : plus de deals, moins d'argent

L’écosystème technologique africain produit plus de sorties que jamais, mais ces opérations ne génèrent pas les liquidités attendues par les investisseurs. Cette situation pourrait compromettre la confiance des bailleurs de fonds et freiner l’innovation sur le continent.

Un modèle en mutation

Le rachat de Paystack par Stripe en octobre 2020 reste un modèle de sortie réussie. Cette acquisition, évaluée à plus de 200 millions de dollars (soit environ 20 fois le montant total des fonds levés), avait apporté une liquidité précoce aux investisseurs. Les actionnaires avaient reçu à la fois des liquidités et des actions, avec des rendements concrets. Des investisseurs comme Kola Aina de Ventures Platform et Maya Horgan Famodu d’Ingressive Capital avaient ainsi pu valider le marché, lever de nouveaux fonds et relancer un cycle de capital propice à la croissance en Afrique.

La réalité actuelle : des sorties en volume, pas en valeur

En 2025, on a enregistré 67 fusions et acquisitions, soit une hausse de 72 % par rapport à l’année précédente. Cependant, ces opérations se caractérisent par un volume élevé mais une valeur limitée. La plupart sont des transactions entièrement en actions, sans échange de liquidités. Les investisseurs reçoivent des parts dans l’entreprise acquéreuse, évaluées à des montants qui pourraient ne pas se concrétiser lors d’une revente.

L’acquisition de Mono par Flutterwave en janvier 2026 illustre cette tendance. Évaluée entre 25 et 40 millions de dollars, cette opération était entièrement en actions. Mono avait levé 17,5 millions de dollars, dont 15 millions lors d’une série A en octobre 2021. Si l’on considère la dernière valorisation officielle de Flutterwave à 3 milliards de dollars en février 2022, et les transactions secondaires de 2023 la valorisant à 1,5-1,6 milliard de dollars (soit une décote de plus de 50 %), la valeur réelle de l’opération pourrait être bien inférieure aux attentes.

Des rendements illusoires

Dans le cas de Moniepoint, l’acquisition des opérations nigérianes d’Orda en mars 2026 montre un schéma similaire. Orda, qui avait levé 4,5 millions de dollars sans atteindre la série A, comptait 1 075 restaurants sur sa plateforme. Les termes de l’acquisition n’ont pas été divulgués, ce qui laisse présager des résultats mitigés pour les investisseurs. Des fonds comme Quona Capital ou FinTech Collective pourraient ne récupérer que le montant investi, voire moins, après quatre ans. Un tel rendement ne correspond pas aux objectifs habituels des fonds de capital-risque, qui visent 20 à 40 % de rendement annuel.

Un problème structurel

Le véritable enjeu n’est pas le manque de sorties, mais leur incapacité à recycler le capital. Lorsque les deals sont réglés en actions, les investisseurs se retrouvent avec des parts dans des entreprises privées dont la liquidité est incertaine. Cela pose un problème majeur, surtout lorsque 80 % des fonds de capital-risque en Afrique proviennent d’investisseurs étrangers.

Conclusion

Pour que l’écosystème technologique africain continue de prospérer, il est essentiel que les sorties génèrent des liquidités réelles. Sans cela, la confiance des investisseurs pourrait s’éroder, limitant l’afflux de nouveaux capitaux et freinant l’innovation. Les acteurs du secteur doivent trouver des solutions pour transformer ces sorties en opportunités financières concrètes.

Source: techcabal.com