Débloquer le potentiel économique des femmes en Afrique : au-delà de l'inclusion financière
L’Afrique fait des progrès en matière d’inclusion financière des femmes, mais les résultats restent inégaux. Selon Carol Oyedeji, responsable du commerce bancaire au sein d’Ecobank, la dernière décennie a vu une expansion significative de l’accès aux services financiers, portée par les solutions mobiles, les services digitaux et le crédit. Des millions de femmes sont désormais intégrées au système financier formel, et les institutions commencent à considérer le genre comme un segment commercial bien défini. Pourtant, l’accès ne suffit pas : les femmes, qui représentent près de 60 % des travailleurs indépendants en Afrique et affichent des taux d’entrepreneuriat parmi les plus élevés au monde, ne reçoivent qu’une fraction des financements formels. Un déficit de 42 milliards de dollars persiste sur le continent.
Le défi actuel dépasse l’inclusion pour toucher à la utilisation et à l’échelle. Il ne s’agit plus seulement d’intégrer les femmes au système financier, mais de garantir que celui-ci soutient leur expansion commerciale, l’accumulation d’actifs et une participation économique durable. Les racines de ce déficit de financement sont structurelles, non comportementales. Les entreprises dirigées par des femmes, bien que très actives, sont souvent plus petites et moins formalisées, manquant de documentation ou de garanties exigées par les modèles bancaires traditionnels. Les femmes possèdent rarement des terres ou d’autres actifs, ce qui rend le collatéral un obstacle majeur.
Trois piliers pour combler l’écart Ecobank a restructuré sa stratégie autour de trois axes : des produits financiers sur mesure, un soutien écosystémique et l’accès aux marchés panafricains. Le programme Ellevate illustre cette approche, combinant des prêts sans collatéral, des incitations tarifaires et un accompagnement en mentorat. Les résultats sont probants, soulignant une demande latente lorsque les barrières structurelles sont levées.
Historiquement, les banques appliquaient des modèles uniformes à un marché très diversifié. Aujourd’hui, la tendance est au segment-led design, reconnaissant les femmes comme une clientèle viable nécessitant des solutions adaptées en matière de risque, distribution et engagement. La finance seule ne suffit pas : l’association du capital avec le renforcement des capacités et l’accès aux marchés génère des résultats plus durables. Les avancées en données alternatives, paiements digitaux et partenariats écosystémiques aident les banques à mieux servir ce segment, transformant la perception du risque en opportunité.
Ellevate adopte une approche holistique, visant à faire progresser les entreprises dans la chaîne de valeur. Au-delà du capital de travail, le programme offre des solutions de financement commercial, des paiements transfrontaliers et un accès aux chaînes d’approvisionnement régionales. La plateforme Ecobank Single Market Trade Hub connecte les entreprises à la demande de plusieurs marchés. Un autre enjeu crucial est le fameux missing middle : si beaucoup de femmes entrepreneurs accèdent au microcrédit, peu obtiennent les financements structurés nécessaires pour développer leur capacité. En assouplissant les contraintes de collatéral et en proposant des fonds plus flexibles, Ellevate cherche à combler cette lacune. La formalisation et la visibilité financière sont également au cœur du modèle, aidant les entreprises à construire des dossiers financiers solides via des paiements digitaux et des enregistrements comptables.
Source: african.business